Lori Freedman and John Heward • on no on

Lori Freedman
John Heward

  mode avant 16

Order



Mode Records - A Record Label Devoted to New Music

on no on

Lori Freedman, b-flat & bass-clarinets
John Heward, drums, percussion

A CD of duo improvisations by two of Montreal’s great improvisors: bass clarinettist Lori Freedman and drummer/percussionist John Heward. The two have performed together in various ensembles over the years. Both have produced significant discographies.

These unedited studio improvisations were recorded in Montreal in 2011. It is the third set of duos featuring John Heward on Mode/Avant.

Cover art by John Heward. Liner note by Eric Lewis. Photos by Sylvia Safdie.

 

Reviews:

[Cd on no on / Lori Freedman et John Heward / 31 octobre 2013]

1. Chasse au sens
Les grands inquiets de musique la font entrer en nous furtivement, la musique, l’air de ne pas la toucher, puis ils la poursuivent les grands inquiets, l’esquivent, la lutinent, jouent à saute-notes, prennent de l’assurance, accélèrent cabrioles et voltiges, galopent, chevauchent des astres, les sons rondissent, ils prennent chair, éblouissent et désespèrent… elle crie la musique des grands inquiets de musique, mais avec élégance et, opiniâtre, éternise son chant ! Court, court le furet ! on se bouscule au bal des questions-réponses… oh la ! que la gaieté est épuisante… parler pour ne rien dire, encore et toujours… Car disent-ils, la musique n’exprime rien, même pas l’indicible qu’elle dit la musique, ou pire… l’assoupissement des vagues le long de la grève, le gazouillis des petits oiseaux, la voix enrouée et en zigzag de la violette. Mais avant tout elle est, cette musique, dépouillée, grattée jusqu’à l’os et hors du monde, dans le temps. Dans le temps, elle ne dit que des sons, comme ici les grands inquiets de musique.

2. Introspection
Même lacérés et déchiquetés alors qu’ils volent en éclat, forment archipels, morcellements et bribes, subites bonaces ou trous de tombes, alors que leur sens s’est volatilisé, que s’exacerbent les paroxysmes, que de la lave s’écoule sur une percussion continue, ou frissonnante et en pointillé – au coin de Green Dolphin Street, pense-t-on ! –, le son et ses musiques, paradoxalement créent la cohésion, l’éphémère achèvement d’une œuvre qui se redéclenche à tout instant, les « faux sons » (comme on dit un faux jour), ceux qui sont de dicibles et troublants hiéroglyphes, permettent toutes les interprétations, facilitent toutes les wrong mistakes. Les bribes alors, ici et ici, ensemencent et épaississent et grumellent le silence, noir comme le sang des grands inquiets de musique. Bref, on perçoit les silences comme des insignifiances déguisées – des boursouflures de sens prises au Polaroïd : notre imaginaire croule sous les demandes de vacances, et notre oreille ne ronronne plus.

3. éblouissement
Une fois le réel égoutté de ses scories sensibles, il arrive que l’ombre des sons recule. Ou qu’elle marche devant eux. Elle nous mène en tout cas, tape-à-l’œil, dans le ventre profond de la clarinette : bisbigliando des… fanons (coquin de Jonas), crépitement spiralé de salive (spit spiraling) et dents sur l’anche, clip-claps des clefs, chalumeau un peu sourd, et sauvage (parfois), quand elle se prend pour un tambour, la clarinette, ou pour une timbale, par abus de confiance. On est dans le pouls du son, les accords de septième ne sont plus dans le doute et la blue note renonce à ses coquetteries… On ne l’observe plus, le pouls comme Scelsi celui du pou, il se plante en nous le son, pendant que la percussion bastonne des sons à contrecœur, mime le boa constrictor qui fait évanouir la violence de l’ombre, nous promène dans un décor de clair de lune, un cimetière stupéfié par l’affût de cent mille loups (ils ne résisteront pas à l’assaut de sons sans simulacres). Schumann s’assoit près de Kreisler à l’entrée de la grotte, les étoiles pleurent, les tombes s’animent, un son impatient et profond court à l’abîme. Novalis, les prunelles retournées, est mort.

4. Oscillations
Pas de chichi conceptuel, pas de branle, fugue ou canon, voire de falsobordone ! ironisent, courtois, les grands inquiets de musique. Bernique ! Têtue et sereine la percussion, avec la minutie d’une pluie sèche, souligne et scande les petites ivresses questionneuses de la souffleuse, tantôt virginales et affectées, tantôt graves, paniquées quasiment. Entrelaçant, tordant les sons, les capturant, les relâchant, comme en une danse des voiles, en une diabolique manigance de serpents. Les sons de l’improvisation irruptent en nous, s’y fixent, intimement, gavent notre bahut à fantasmes, ainsi l’improvisateur compose, colore de nouveaux silences, agrandit l’immense, redéfinit l’acte musical (comme on dit l’acte sexuel). La musique est un gigantesque échange de sons – comme ici –, une imbécile tournure d’oreille, et de cervelle, serait d’y entendre les échos de murmures perplexes ou d’automatismes confortables. Le malentendu persiste.

5. Volte-face
Mains nues dans la nuit. Une appréhension tâtonnante, une âcre douceur provoquent la collision de plusieurs espaces et l’éclatement du temps : tempos et rythmes ne valent plus pipette, la mémoire, désormais oublieuse, a sans cesse l’air de sonner le tocsin, tandis que du dialogue qui se dénoue nous parviennent d’étranges contrées de nous-mêmes, de fécondes similitudes de sensations et d’hallucinations… d’édéniques égarements ! Mais… bla-bla ! Taisez-vous, babillards ! taisez-vous, dialogueux… vous qui laissez la pensée s’abîmer dans la matière, s’affaler dans la vulgarité ! Sonnez… sonnez petits sons ! Sonnez sonnets… en quatre/quatre et trois/trois ! Hors des sons, point de pensée ! Eux seuls effeuillent des engrenages de fleurs un peu lourdes, nous transforment, ici arrachent au sol une autre ombre, celle de Schlemihl… Eux seuls transfigurent notre nuit, l’étirent et la précisent… jusqu’à ce qu’il soit possible d’en faire cadeau, ou de la glisser dans une boîte aux lettres. Tout en sachant que son sens caché, les philtres mystérieux dont elle use sont précisément les plus illusoires et les plus éphémères. Troublante beauté des euphémismes.

6. Esquives
évitements grincheux et instants de liesse jaillissent aussi inattendus qu’indescriptibles. Aussi vagues que fulgurants. Incisifs et malicieux, en tout cas. Masses graves et bruits clairs, soupirs et pauses. En marche vers le bord des grandes eaux noires de l’étang où l’on risque de s’enfoncer. Hop hop ! Du vent, tambour-major ! Clins d’œil allusifs, alchimie complice et enchantement retrouvé des sons, quintes et quartes quittent l’onde hurlante pour passer de nouveaux accords avec les grands inquiets de musique. Lesquels répugnent aux trahisons de l’insurrection facile, de la mèche de bombinette qui menace, cocasse… Eux, les grands inquiets de musique préfèrent le dépouillement de l’expression, les larmes que l’on ne pleure plus, un désir honoré, l’azur assis au bout des baguettes, come da lontano, et les sons dégrafés. à minuit sonnant, pas exemple. Quand l’infini a définitivement claqué la porte.

7. La rencontre des soliloques
Appel. Tacet. Cris. Tacet. Recroquevillements. Tacet. Halte là… voici l’instant… Vous dites ? Tacet. Tempête de calme, comme disent les marins, je n’entends que ta voix ! Tacet. Sturm und Drang… Affolement tout chargé de sanglots. On n’entend plus rien, que l’agonie. Tacet. Voix flûtées venant de l’escalier… Ténors ou colombophiles ? Tacet. Les percussions persécutent – sans arrière-pensées (le loup ne fait pas le diable). Spirales ou verticales, comme vous voulez… mais vertige face à un vide car, éminents créateurs, ils ne disent jamais tout ce qu’ils pourraient dire, les grands inquiets de musique. Tacet. Tentatives : brèves tendresses émues et nonchalantes mais entachées d’humour. Ah, les violons à l’unisson… ah, ces mentalités de Götterdämmerung ! Vous comprenez ? Tant pis… écoutez-en d’autres… ceux qui interprètent le silence et le gonflent d’émois, de matières grasses… Mezz Mezzrow !… Maxime Saury ! Grands prix des disques, je vous prie ! Tacet. Ils font valser les spasmes et tressaillir le dièse, les grands inquiets de musique ; mais de joie – cette belle joie qui purge la musique de sa mélancolie, à elle punaisée à jamais par le romantisme –, d’allégresse ils auscultent réciproquement leur voix épiée et chantée. Cette allégresse, on la respire parce que blottie dans tous les recoins de leur cave secrète – leur guet intérieur. Parce que l’on perçoit, et que l’on absorbe, ivre de ces chocs entendus, la plénitude de la compréhension et la clairvoyance du son.

 

Jean-Noël von der Weid

 





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